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Défibrillateur en ERP de catégorie 5 : obligations et mutualisation

Rédigé par Cyrille GAGNAIRE, France Défibrillateur. Publié le 28 juillet 2026.

Les ERP de catégorie 5 forment la très grande majorité des établissements recevant du public en France : commerces de proximité, cabinets médicaux et paramédicaux, restaurants, salles associatives. Ce sont aussi ceux qui connaissent le moins bien leurs obligations en matière de défibrillateur. La loi du 28 juin 2018 et son décret d'application de décembre 2018 les concernent pourtant, avec une souplesse dont très peu d'exploitants profitent aujourd'hui : la possibilité de mutualiser un seul appareil entre plusieurs établissements.

Deux textes, une seule règle de fond

La loi n° 2018-527 du 28 juin 2018 relative au défibrillateur cardiaque a inséré dans le Code de la construction et de l'habitation les articles L. 123-5 et L. 123-6. Le principe tient en une phrase : les établissements recevant du public dont les types et catégories sont fixés par décret en Conseil d'Etat doivent s'équiper d'un défibrillateur automatisé externe visible et facile d'accès, et le propriétaire de l'appareil veille à sa maintenance. Le décret n° 2018-1186 du 19 décembre 2018 (NOR : SSAP1832210D) a ensuite fixé le calendrier et les modalités.

Pour un exploitant de catégorie 5, la première démarche n'est donc pas d'acheter, mais de vérifier. La loi renvoie à un décret le soin de désigner les types d'établissements visés : votre type d'ERP, tel qu'il figure sur votre dossier de sécurité, détermine si l'obligation vous vise ou non. Cette information se demande à la mairie ou au service qui suit votre établissement. Une seule vérification, et vous sortez du flou dans lequel se trouvent beaucoup de petits exploitants.

Depuis quand la catégorie 5 est visée

Le calendrier posé par le décret est progressif. Les ERP de catégories 1 à 3 devaient être équipés au 1er janvier 2020, ceux de catégorie 4 au 1er janvier 2021, et les ERP de catégorie 5 concernés au 1er janvier 2022. L'échéance est donc dépassée depuis plus de quatre ans. Un établissement visé qui n'a toujours pas de défibrillateur n'est pas en retard sur un projet : il est hors des clous, et cela peut se voir lors d'une visite de la commission de sécurité ou d'un contrôle.

Un point mérite d'être dit clairement, parce qu'il circule beaucoup d'approximations à ce sujet : la catégorie 5 n'est pas visée en bloc. Le texte ne crée pas une obligation générale pour tous les petits établissements du pays, il cible certains types. Si le vôtre n'en fait pas partie, vous restez libre. Cette liberté n'enlève rien à l'intérêt de l'équipement : on compte environ 50 000 arrêts cardiaques par an en France, et chaque minute qui passe sans défibrillation réduit les chances de survie d'environ 10 %. Dans un restaurant, une salle de sport associative ou une salle d'attente, l'appareil sert avant tout au public et au personnel.

Ce que la mutualisation autorise vraiment

La loi comme le décret prévoient que lorsque plusieurs ERP sont situés sur un même site géographique ou placés sous une direction commune, le défibrillateur peut être mutualisé. Autrement dit, un seul appareil peut couvrir plusieurs établissements. C'est la disposition la plus utile pour la catégorie 5, et la plus ignorée.

Les situations concernées sont fréquentes : une galerie marchande où voisinent une dizaine de commerces, une maison de santé qui regroupe plusieurs cabinets indépendants, un immeuble avec un restaurant au rez-de-chaussée et des activités aux étages, ou encore un exploitant qui gère plusieurs points de vente sur un même site. Concrètement, identifiez les autres exploitants du bâtiment, mettez-vous d'accord par écrit sur trois points : où l'appareil est installé, qui le finance et dans quelle proportion, qui porte la maintenance. Un simple document signé entre exploitants suffit à tracer cet accord et à le présenter en cas de contrôle.

La mutualisation a une limite qu'il faut respecter à la lettre : l'appareil doit rester visible et accessible en permanence pour tous les établissements couverts. Un défibrillateur partagé mais rangé dans un local dont un seul exploitant détient la clé, ou installé derrière un rideau baissé le soir, ne remplit pas la condition. Le bon réflexe consiste à le placer dans une circulation commune plutôt que chez l'un des occupants.

Visible et accessible en permanence, en pratique

Le texte demande un emplacement visible du public et accessible en permanence. Traduisez cela en décisions simples : entrée, hall d'accueil, couloir commun ou palier, à hauteur d'homme, avec la signalétique normalisée posée à un endroit où on la voit depuis plusieurs mètres. Évitez la réserve, le bureau, l'arrière-cuisine et tout local que l'on ferme à clé en fin de service.

L'accessibilité vaut aussi pour les personnes qui vont s'en servir. Montrez l'emplacement à chaque nouveau salarié, saisonnier ou bénévole : un appareil bien installé mais que personne ne sait localiser dans l'urgence perd l'essentiel de son intérêt. Une formation courte aux gestes qui sauvent complète utilement l'installation.

Maintenance, traçabilité et déclaration nationale

Le propriétaire du défibrillateur est responsable de la mise en œuvre de la maintenance et des contrôles qualité prévus pour les dispositifs médicaux. Trois voies sont ouvertes : le fabricant, un prestataire tiers agissant sous sa responsabilité, ou l'exploitant lui-même. Dans un petit commerce, la troisième option est parfaitement réaliste, à condition de tenir une trace écrite. Le registre de sécurité de l'établissement est l'endroit naturel pour la consigner.

Voici les points à y faire figurer et le rythme de suivi correspondant.

La loi n° 2018-527 a également créé l'article L. 5233-1 du Code de la santé publique, qui institue une base de données nationale relative aux lieux d'implantation et à l'accessibilité des défibrillateurs, alimentée par les informations transmises par les exploitants. Elle a donné naissance à la base Géo'DAE. Déclarez donc votre appareil dès son installation, et mettez la fiche à jour si vous le déplacez ou si vous fermez l'établissement. En cas de mutualisation, désignez un seul exploitant chargé de la déclaration pour éviter les doublons.

Point à suivreCe que l'on consigneRythme
Voyant d'autotestDate du contrôle visuel et état du voyantTous les mois
ÉlectrodesRéférence, date de péremption, date de remplacementDurée de vie de 2 à 5 ans
BatterieDate de mise en service et date limite d'utilisationDurée de vie de 3 à 5 ans
AppareilNuméro de série, date d'installation, mises à jourSur une durée de vie de 8 à 10 ans et plus
Accord de mutualisationExploitants couverts et responsable de la maintenanceMise à jour à chaque changement
Déclaration nationaleDate de déclaration et emplacement exactÀ chaque déplacement de l'appareil

Se mettre en conformité sans sur-investir

Un établissement de catégorie 5 n'a pas besoin d'un dispositif surdimensionné. Deux chemins existent : l'achat, avec une garantie de 5 ans sur l'appareil, ou la location à partir de 50 euros HT par mois avec la maintenance incluse, qui transfère le suivi technique au prestataire et lisse la dépense. Nos articles sur la location ou l'achat, sur les prix réels et sur les subventions détaillent chaque option, et notre guide d'achat aide à arbitrer entre les modèles.

La mutualisation reste le vrai levier d'économie pour les petites structures : à cinq commerces d'une même galerie, le coût annuel par exploitant devient marginal. Côté délais, un devis part sous 24 h et la livraison intervient sous 2 à 5 jours ouvrés, de quoi régulariser une situation avant une visite de commission. Prévoyez le budget des consommables dès la première année plutôt que de le découvrir quand le voyant passe au rouge.

Questions fréquentes

Mon petit commerce est-il vraiment obligé d'avoir un défibrillateur

Cela dépend de votre type d'établissement, pas seulement de votre catégorie. Le décret n° 2018-1186 du 19 décembre 2018 vise certains ERP de catégorie 5 depuis le 1er janvier 2022, et pas l'ensemble de la catégorie. Vérifiez le type indiqué sur votre dossier de sécurité auprès de la mairie ou du service qui suit votre établissement avant de conclure.

Peut-on partager un défibrillateur entre plusieurs commerces d'un même immeuble

Oui. La loi n° 2018-527 du 28 juin 2018 autorise la mutualisation lorsque plusieurs ERP se trouvent sur un même site géographique ou sous une direction commune. L'appareil doit rester visible et accessible en permanence pour chacun des établissements couverts, donc installé dans une partie commune et non chez l'un des occupants.

Qui paie la maintenance d'un défibrillateur mutualisé

La responsabilité de la maintenance et des contrôles qualité incombe au propriétaire de l'appareil. Entre plusieurs exploitants, désignez par écrit celui qui achète ou loue le défibrillateur, la clé de répartition des frais et l'interlocuteur unique pour le suivi. Ce document évite les zones grises le jour où une électrode arrive à péremption.

Faut-il déclarer son défibrillateur quelque part

Oui. L'article L. 5233-1 du Code de la santé publique institue une base de données nationale sur les lieux d'implantation et l'accessibilité des défibrillateurs, alimentée par les exploitants, connue sous le nom de Géo'DAE. Déclarez l'appareil dès l'installation, puis mettez la fiche à jour en cas de déplacement, de changement d'adresse ou de fermeture de l'établissement.

Que doit contenir le registre de sécurité au sujet du défibrillateur

Consignez le numéro de série et la date d'installation, le contrôle mensuel du voyant d'autotest, les dates de péremption des électrodes et de la batterie, ainsi que chaque remplacement effectué. Ajoutez l'accord de mutualisation si l'appareil est partagé. Cette trace écrite est la preuve la plus simple à présenter lors d'une visite de contrôle.

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